CSRD, reporting, risques : comment les entreprises se préparent-elles ?
A l'occasion des Rencontres de l'AMRAE, Sébastien Mandron directeur RSE de Worldline et administrateur du C3D (Collège des Directeurs Développement Durable) et Alexis Garatti Climate Change Manager Allianz Trade sont revenus, lors d'une table ronde, sur la nécessité pour les entreprises, et les fonctions financières, de se préparer aux exigences de publication des directives européennes CSRD, CS3D, taxonomie... Ils sont convaincus que suivre la trajectoire de décarbonation fixée par l'Accord de Paris permettra aux entreprises de performer en rationalisant leurs coûts.
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Alors que tous les yeux sont tournés vers Bruxelles où débuteront deux journées de consultation dédiées à l'élaboration d'une législation omnibus visant à « alléger », « vider », « simplifier » deux piliers essentiels du Green Deal européen, à savoir la CSRD et la CS3D, Sébastien Mandron directeur RSE de Worldline, et administrateur du C3D et Alexis Garatti Climate Change Manager Allianz Trade ont réaffirmé la nécessité, pour les entreprises, de s'engager à répondre aux exigences de transparence des directives européennes.
Les entreprises ont-elles pris la mesure du risque climatique ?
Depuis environ 18 mois, « les équipes Risk management et RSE se sont fortement mobilisées autour de la nouvelle réglementation CSRD », rappelle Sébastien Mandron en introduction. Une dynamique qui a conduit à « une accélération notable dans la prise en compte des risques climatiques ». Désormais, les entreprises disposent d'une cartographie bien plus précise de ces risques, intégrant une diversité de scénarios pour évaluer leurs impacts. « Qu'il s'agisse de transition ou d'adaptation, cette analyse plus fine permet d'anticiper les conséquences pour l'entreprise. Dans les semaines à venir, ces avancées se traduiront concrètement par les publications des entreprises », souligne-t-il.
Pour Alexis Garatti, « la transition énergétique actuelle s'accompagne d'une véritable révolution industrielle : la révolution verte. Au-delà des enjeux climatiques, les entreprises font face à un impératif de survie. Ne pas s'adapter aux nouveaux standards exigés par les consommateurs et les régulateurs signifie risquer de disparaître en tant que fournisseur », détaille-t-il.
Le responsable Climat d'Allianz Trade précise que cette contrainte est aussi « un puissant moteur d'innovation et de compétitivité ». Plus qu'une simple adaptation, il s'agit pour les entreprises « de transformer leurs modes de production et leur organisation pour s'inscrire pleinement dans cette mutation de l'industrie ». Loin d'être une contrainte subie, « cette transition représente une opportunité stratégique pour celles qui sauront innover et se réinventer », analyse-t-il.
La réglementation CSRD pourrait-elle être supprimée ?
Sébastien Mandron souligne que l'accumulation des différents cadres législatifs, CSRD, CS3D, taxonomie verte, devoir de vigilance, soulève « des questions sur leur pertinence et leur pérennité ». Par exemple, « la taxonomie a eu du mal à trouver ses adeptes et fait l'objet de débats quant à son maintien », indique-t-il.
Pour la CSRD, bien qu'exigeante en raison de sa complexité, il s'agit d'aller plus loin en pointant de nouveaux enjeux et permet d'adresser les risques climatiques ainsi que les limites planétaires. « Si ce cadre venait à disparaître, il faudrait en développer un autre, car les investisseurs ont besoin d'outils pour mesurer et piloter les actions face à ces risques émergents », précise-t-il.
D'ailleurs, si la CSRD venait à être abandonnée, les entreprises ne seraient pas exemptées pour autant des attentes des parties prenantes. Les investisseurs continueront de demander des données, via des questionnaires spécifiques. « L'avantage de la CSRD, c'est qu'elle normalise ces demandes et offre aux entreprises un référentiel unique à suivre ». En effet, plutôt que de multiplier les réponses à des exigences disparates, elles peuvent se conformer à un standard unique, reconnu par tous. « Certes, l'exercice est difficile, car il s'agit d'une première mise en oeuvre, où chacun tâtonne encore sur l'interprétation et l'application de la norme. Mais une fois la première vague de publications effectuée, les entreprises pourront s'appuyer sur cette base et enchaîner plus facilement par la suite », assure le directeur RSE.
Alexis Garatti partage ce point de vue. « Le reporting joue un rôle essentiel, malgré les critiques actuelles qui l'accusent d'alourdir la bureaucratie. Pourtant, il ne s'agit pas simplement d'une contrainte administrative, mais d'un outil stratégique inédit ». Pour lui, l'analyse en double matérialité intégrée dans la CSRD permet « aux entreprises de bénéficier d'une nouvelle perspective sur leur efficacité économique, bien au-delà des bilans financiers traditionnels. Cet exercice permet d'optimiser l'utilisation des ressources et d'identifier les vulnérabilités, offrant ainsi des leviers concrets d'amélioration ». Le sérieux accordé à ce reporting « aide à mieux anticiper les risques, ajuster les stratégies et répondre aux attentes des parties prenantes ». Plus qu'une obligation, « c'est une opportunité pour renforcer la résilience et la performance des entreprises », analyse-t-il.
Un recul de la RSE en 2025 ?
Pour Sébastien Mandron , « L'année 2025 sera marquée par une phase clé : la publication des premiers rapports en conformité avec la CSRD. Ceux qui suivent de près l'évolution de cette réglementation ont déjà pu constater que certaines entreprises avaient pris les devants ».
En effet, en 2023, alors que la CSRD n'était pas encore obligatoire, « 65 entreprises avaient déjà publié une matrice de double matérialité, avec un an d'avance. C'était un signal fort, témoignant d'un réel intérêt pour le sujet ».
En 2025, tous les grands groupes, français comme européens, vont publier leurs rapports. « Cette vague massive de publications va structurer un nouveau marché : d'un côté, elle va permettre de créer une offre en matière de reporting et, de l'autre, elle va stimuler la demande d'informations de la part des investisseurs ». Pour le directeur RSE, ces derniers « vont pouvoir comparer les performances, affiner leurs modèles d'analyse et réclamer davantage de données ». Sébastien Mandron est convaincu que les entreprises « pas directement concernées par la CSRD ne seront pas pour autant épargnées. Elles seront soumises à la pression des investisseurs et des parties prenantes, qui les interrogeront sur leurs pratiques en matière de risques climatiques. On leur demandera combien elles investissent dans la transition, quelles actions elles mettent en place et comment elles se positionnent par rapport aux enjeux climatiques et environnementaux de leur secteur ».
Ainsi, pour les deux professionnels, l'année 2025 devrait être loin d'un recul de la RSE, mais au contraire l'année où cette dynamique s'accélérera. « Les publications des grands groupes serviront de référence et inciteront d'autres acteurs à emboîter le pas. Cela créera une nouvelle impulsion pour structurer des réponses adaptées aux défis climatiques et aux limites planétaires », conclut, optimiste, Sébastien Mandron.
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