Trésorerie ETI et grands groupes : entre tensions persistantes et pressions géopolitiques
Selon l'enquête de mars 2025 menée par Rexecode, l'AFTE et le METI, les grandes entreprises et les ETI françaises font face à une dégradation persistante de leur trésorerie. Allongement des délais de paiement clients, tensions sur les coûts des matières premières, instabilité du taux de change et pressions géopolitiques forment un environnement particulièrement exigeant pour les directions financières. Retour sur les principaux enseignements de cette enquête mensuelle.

Les résultats de l'enquête conjointe Rexecode / AFTE / METI pour le mois de mars 2025 confirment une situation de trésorerie toujours fragile pour les grandes entreprises et les ETI françaises. Malgré une légère amélioration tendancielle par rapport aux points bas de la mi-2024, plusieurs indicateurs témoignent de difficultés persistantes : allongement des délais de paiement, pression sur les coûts d'approvisionnement, incertitudes géopolitiques et environnement réglementaire complexe.
Dégradation de la trésorerie d'exploitation
Le solde d'opinions sur la situation de la trésorerie d'exploitation se détériore de nouveau en mars. Si la tendance annuelle montre un léger redressement après les fortes baisses observées lors de la dissolution parlementaire de 2024, les niveaux actuels restent inférieurs à la moyenne de long terme. Ce diagnostic s'applique également à la trésorerie globale, dont le solde d'opinions est en repli ce mois-ci, dans une proportion comparable à celle de la trésorerie d'exploitation.
La récente adoption d'un budget a pu atténuer certaines incertitudes, mais les mesures contenues dans ce budget sont jugées défavorables aux entreprises et pourraient peser sur leur situation financière dans les mois à venir.
Allongement préoccupant des délais de paiement clients
Le solde d'opinions sur les délais de paiement des clients progresse de 4 points en mars, atteignant un niveau bien supérieur à celui observé un an plus tôt (+10 points sur 12 mois). Cette dynamique haussière, amorcée début 2024, semble se confirmer. Un quart des trésoriers interrogés déclarent que leurs clients ont allongé leurs délais de règlement récemment.
En parallèle, les délais de paiement aux fournisseurs tendent à diminuer légèrement (-4 points), ce qui traduit une volonté des entreprises de préserver leurs relations fournisseurs. Toutefois, l'écart entre délais clients et fournisseurs, appelé solde commercial, se détériore. Cette asymétrie peut engendrer des tensions de trésorerie à court terme, en particulier dans un contexte de hausse des coûts et de pression sur les marges.
Impact direct des matières premières et du contexte énergétique
58 % des trésoriers déclarent que les prix des matières premières, y compris l'énergie, affectent négativement leur trésorerie. Si une minorité (15 %) observe un effet positif, celui-ci semble lié à la récente baisse des cours du pétrole. En revanche, la majorité des répondants évoque la persistance de prix élevés du gaz et de l'électricité en Europe, nettement supérieurs à ceux pratiqués dans d'autres grandes régions économiques.
Cette pression énergétique, déjà identifiée en 2024, continue de peser sur la compétitivité des entreprises européennes et sur leur capacité à maintenir des marges opérationnelles stables.
Effets du taux de change euro/dollar
61 % des trésoriers indiquent que le taux de change euro/dollar a un effet défavorable sur leur trésorerie. Ce constat doit toutefois être nuancé : au moment de l'enquête, l'euro évoluait autour de 1,04 dollar. Or, une remontée rapide à 1,09 dollar s'est produite peu après, ce qui pourrait atténuer l'impact négatif dans la prochaine vague d'enquête. La volatilité du taux de change reste forte, influencée notamment par les annonces de politique commerciale émanant de l'administration Trump.
Le financement reste essentiellement bancaire
En mars, 85 % des grandes entreprises et ETI interrogées privilégient le financement bancaire pour leur trésorerie, contre 15 % seulement pour le financement de marché. Parmi les entreprises ayant recours aux banques, 24 % déclarent que le financement a été plus facile qu'à l'accoutumée, 41 % le jugent normal et 35 % le trouvent plus difficile.
Chez les acteurs ayant fait appel au marché, aucune difficulté particulière n'a été rapportée. Les conditions sont jugées stables et acceptables, bien que cette option reste minoritaire dans la gestion de la liquidité.
Comportements de placement : retour à des solutions rémunérées
Interrogés sur leurs préférences en matière de placement de trésorerie disponible, 48 % des trésoriers citent les comptes rémunérés (livrets, dépôts à terme, comptes à terme). Les dépôts à vue (cash) sont privilégiés par 21 %, suivis des OPCVM (14 %) et des titres de créance négociables (16 %). Ce positionnement confirme la recherche d'un rendement modéré, mais sécurisé, dans un environnement marqué par la remontée des taux.
Tensions commerciales avec les États-Unis
Alors que l'administration américaine durcit le ton sur le plan commercial, notamment avec la mise en place de droits de douane sur certains produits européens, un tiers des grandes entreprises et ETI interrogées déclarent être négativement impactées par ces mesures.
Les hausses tarifaires concernent notamment l'acier, l'aluminium et les produits dérivés (25 % de droits de douane), mais aussi les vins et spiritueux européens, qui pourraient faire l'objet de taxes de l'ordre de 200 %. Cette incertitude pèse sur les exportations et renforce la prudence des directions financières dans leurs projections à l'international.
Dans ce contexte, le rôle du directeur financier est plus que jamais stratégique. Il s'agit de maintenir un équilibre fragile entre gestion du BFR, sécurisation des financements, anticipation des risques extérieurs et allocation optimale des ressources de liquidité.
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