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Vers une nouvelle dynamique de coopération entre le Sénégal et la France

Fatima B. NDOYE, Directrice générale de MERCURE CAB (Sénégal) et Emmanuel MILLARD, Vice-Président IAE Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Secrétaire général Groupe ENDRIX reviennent, dans cette tribune exclusive, sur la nécessaire collaboration entre la France et le Sénégal sur des aspects de développement économique.

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Vers une nouvelle dynamique de coopération entre le Sénégal et la France

Le Sénégal est entré dans une nouvelle ère. Un vent de changement souffle inlassablement sur le feu ardent d'une aspirante volonté d'équilibrer les relations et les intérêts du pays aux bénéfices plus équitablement répartis entre celui-ci et ses partenaires au développement.

En général, il convient de retenir que toute dynamique, entretenue dans un sens constructif, génère un sentiment de renouveau qui irrigue tous les segments de la vie socio-économique du pays dont les relations commerciales, notamment, celles entretenues avec la France et qui ne sauraient être en reste.

De part et d'autre, ce nouveau positionnement est dorénavant clairement acquis et assumé : une coopération décomplexée, équilibrée, à dominante économique et commerciale. Il s'agit maintenant de trouver les voies et moyens afin de la rendre plus opérationnelle avec une impérieuse nécessite d'innover dans l'approche.

Dès lors, la question du « Comment ? » s'impose. De manière empirique, il est prouvé que l'établissement des conditions de rapprochement des secteurs privés respectifs dans une dynamique de partenariat équitable, engendre des externalités positives et des résultats probants.

Pourtant des initiatives, essentiellement portées par les agences d'aide au développement ont été prises dans ce sens. Celles-ci se matérialisent par la mise oeuvre ou le financement de projets. Mais les résultats semblent mitigés.

Il convient de dire que les schémas et dispositifs d'assistance au développement déroulés depuis lors tendent in extenso vers l'obsolescence. Un fait soutenu par une tendance de revendication légitime d'indépendance économique et de souverainisme.

En cela, il sera de plus en plus difficile d'observer des entreprises étrangères, aussi performantes qu'elles puissent être, venir d'une part concurrencer aisément les acteurs locaux sur leurs propres marchés au lieu de créer des joint-ventures afin de soumissionner ensemble sur des projets complexes et d'envergure ; ou bien, d'autre part de se cantonner dans une logique simple d'exportation de leur surplus de production alors que les tendancielles s'orientent localement vers le « Made in Sénégal ».

En effet, les structures d'assistance à l'international développent deux principaux axes d'intervention au-delà des services d'information et veille économique : l'accompagnement des ETI/PME françaises à l'export, l'assistance technique et le financement de leurs projets d'implantation.

Seulement celles-ci gagneraient à mieux intégrer l'identification de relais de croissance sectoriels communs aux entreprises françaises et sénégalaises qui permettent de créer des chaines de valeur locales, à mieux promouvoir la mise en place de partenariat entre ces entreprises et les acteurs locaux pour le co-développement de projets d'implantation dans les secteurs porteurs adoubés par les politiques économiques actuelles du pays : agriculture, industrie manufacturière, technologique, infrastructures et énergie, éducation et santé, pharma, R&D, etc.

D'autres mesures d'accompagnement viendraient compléter ce positionnement comme par exemple l'utilisation de nouvelles technologies pour faciliter une plus large connexion entre les acteurs locaux et entreprises françaises, un accès à l'information sur les projets et marchés publics (plateformes intégrées d'information, de financement, gestion et suivi des projets) ; le soutien financier par la mise en place d'un fonds suffisamment doté permettant à ces joint-ventures franco-sénégalaises solidement constituées de concourir ensemble sur le marché ; l'allègement des procédures longues et complexes d'accès à l'assistance technique et financière pour le déploiement de ces entreprises françaises dans ce cadre bien défini ;

Tout simplement créer les conditions d'une collaboration intrinsèque et équilibrée entre les deux secteurs privés.

Les nouvelles approches pour gagner en efficacité devront in fine ériger en fer de lance un partage réel d'expériences, de savoir-faire, de technologies entre les acteurs privés des pays respectifs. Elles devront laisser une partie suffisante de la valeur ajoutée créée dans le pays. Cela aura pour conséquences la création d'emplois qualifiés et durables, de valeur financière et un réel transfert de technologies. Celles-ci matérialiseront ainsi les objectifs tant annoncés du Gateway to Africa.

A défaut, la latence sur cette question stratégique pour les deux pays ne finira pas de susciter une frustration continue et une persistance dans la contestation du modèle de la présence économique française sur les marchés locaux.

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